« 25 juin 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16349, f. 177-178], transcr. Ophélie Marien, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10676, page consultée le 06 mai 2026.
25 juin [1842], samedi matin, 10 h.
Bonjour mon Toto chéri, bonjour mon cher amour bien-aimé, bonjour mes petits amis.
Comment avez-vous passé la nuit ? Tu m’avais tant promis de venir cette nuit s’il
ne
survenait rien de fâcheux à ce pauvre petit malade que, ne te voyant pas, je crains
qu’il n’ait eu une autre crise. Je sais bien qu’il t’arrive presque toujours de me
manquer de promesse, mais cette fois-ci, je ne sais pas pourquoi, j’y comptais plus
qu’à l’ordinaire, ce qui rend mes craintes encore plus vives. Tu serais bien bon,
mon
adoré, s’il n’y a rien de fâcheux, de venir me rassurer et si tu es inquiet de venir
encore prendre des bons baisers, des bonnes caresses et du bon amour dévoué tant que
tu en voudras. Je me tiendrai prête ainsi que Claire dans le cas où tu pourrais venir nous chercher pour aller chez le
dentiste car il n’y a en effet pas de temps à perdre ni pour elle ni pour moi.
J’espère, mon cher adoré, que ton fameux bain russe ne t’aura pas fait de mal et que
ton poignet est moins sensible aujourd’hui. Cependant je te trouve imprudent d’avoir
fait ce remède avant d’en avoir parlé au médecin. Je voudrais bien, mon pauvre ange,
avoir de tes nouvelles avant le retour de la comète de Halley, et savoir au juste
la
forme et la pesanteur de ta lune qui ne doit pas peser à coup sûr soixante-quinze
fois
moins que ma terre ou que mes LLUNES, si tu
l’aimes mieux. Enfin, mon pauvre Toto bien-aimé, prends et invente tous les besoins
et
tous les prétextes qui peuvent te ramener tout de suite auprès de moi. Moi je n’en
ai
qu’un pour te désirer sans cesse, mais il est fameux : Je t’aime.
Juliette
« 25 juin 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16349, f. 179-180], transcr. Ophélie Marien, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10676, page consultée le 06 mai 2026.
25 juin [1842], samedi soir, 6 h. ½
Merci mon cher adoré, merci de tout mon cœur. Tu es un pauvre ange de bonté et de
galanterie. Tu as des perles pour dents et un diamant pour cœur. Tu es un ravissant
petit homme accompli, merci, merci, mes deux monstres sont charmants.
Voici donc
une fameuse corvée de passée, mais hélas, c’est grand dommage qu’elle ne soit pas
définitivement faite et qu’on ait la perspective désagréable d’une autre très
prochaine [illis.]. Mais enfin, et quelles qu’en soientales
suites, cela m’a donné le plaisir de sortir avec vous, ce qui ne m’arrive pas trop
souvent, mon pauvre bien-aimé. Maintenant dépêchez-vous de guérir votre chère petite
patte blanche et venez déjeuner cette nuit avec moi, cela vous
guérira mieux que les houspilleries du garçon de bain, en supposant que cela ne vous
soit pas tout à fait aussi agréable que le balai de bouleau, les arrosages à chaud
et
à froid et les meurtrissures d’un galoupia1. Essayez-en et vous verrez que
vous ne vous en trouverez pas mal.
Je suis bien contente que mon cher petit
garçon va de mieux en mieux, je l’en aime encore davantage si c’est possible et je
serai bien contente le jour où la guérison sera complète. En attendant je prie le
bon
Dieu pour lui et pour toi, mon bon petit homme et je vous aime tous les deux de toute
mon âme. Soigne-toi, mon pauvre amour, aime-moi et reviens bien vite auprès de ta
vieille Juju qui t’adore.
1 Galoupia ou galoupiat : individu grossier, vaurien (TLF).
a « quelqu’en soit ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
